LA FONDATION MAM'ANGE CONNECT

Chez Mam’Anges Connect, nous croyons en la puissance du partage.
Chaque histoire est unique et porteuse d’une force qui peut soutenir, réconforter et inspirer d’autres familles.

Dans cet espace, nous donnons la parole aux mam’anges et pap’anges qui souhaitent témoigner de leur parcours, de leur douleur mais aussi de leur chemin vers la résilience.

témoignage
Mon histoire, racontée pour la première fois
Je n’ai peut-être pas encore le courage de prendre la parole aujourd’hui.

Peut-être qu’à un moment, je réussirai simplement à dire : « Le témoignage que vous venez d’entendre, c’était le mien. »

Pour l’instant, j’ai choisi de confier mes mots à quelqu’un d’autre. C’est la manière qui me paraît la plus douce de raconter mon histoire.

Pendant longtemps, je n’ai pas ressenti le besoin de la raconter à voix haute. Pas parce que j’en avais honte, ni parce que je refusais d’avancer. Simplement parce que j’ai compris que nous ne guérissons pas toutes de la même manière.

Briser le silence ne signifie pas forcément prendre un micro. Pour certaines, cela passe par la parole. Pour d’autres, par l’écriture. Pour d’autres encore, simplement par le fait d’être présentes, d’écouter ou de laisser un texte parler à leur place.

Mon histoire a commencé très jeune.

Je suis née en décembre 1991 et je me suis mariée en 2012, à l’âge de 21 ans. À cet âge-là, je pensais probablement que les choses suivraient naturellement leur cours : le mariage, les projets, les enfants, la vie.

Mais assez rapidement, la maternité est devenue un parcours médical.

On découvre d’abord que j’ai un syndrome des ovaires polykystiques, puis que mes deux trompes sont obstruées, dans un contexte d’ancienne infection à chlamydia. En 2015, à seulement 23 ans, le diagnostic est confirmé.

La PMA entre alors dans ma vie.

En 2017, après une FIV, une grossesse commence. À douze semaines, les examens révèlent une monosomie X. Cette grossesse se terminera par une interruption médicale.

Cette petite fille, nous l’avions appelée CAMILLE.

Puis il faut recommencer. En 2018, après une autre fausse couche précoce, je suis enceinte de jumeaux grâce à une FIV. Ils s’appellent Amael et Aylan. À environ dix-huit semaines, alors que mon mari est absent pour une mission, je suis seule chez moi. Je perds mon premier bébé dans mes toilettes.

Je crois qu’il existe des images que le temps n’efface jamais vraiment. Et pourtant, son frère est toujours là.

Commence alors quelque chose de presque irréel : avoir déjà perdu un enfant tout en continuant à porter l’autre. On essaie de gagner un jour, puis un autre, puis une semaine.

Aylan naîtra finalement extrêmement prématurément, autour de vingt-trois semaines. Il vivra quelques heures.

En 2019, une nouvelle grossesse commence. Les premières échographies sont rassurantes. Et pourtant, autour de dix-huit semaines, cette grossesse s’arrête elle aussi. Je perds une petite fille.

En 2020, je suis de nouveau enceinte. Compte tenu de mes précédentes pertes tardives, les médecins commencent à suspecter une faiblesse du col de l’utérus. Un cerclage est prévu pour tenter de protéger cette grossesse. Mais cette période sera aussi l’une des plus difficiles de toute ma vie.

Quelques semaines auparavant, mon père est décédé dans le contexte du Covid. Mon état de grossesse était tellement fragile que je n’ai pas pu aller le voir lorsque ma famille en a finalement eu la possibilité. Je n’ai pas pu lui dire au revoir comme je l’aurais voulu. Puis vient le jour de sa levée de corps.

Pendant que ma famille accompagne mon père, moi, je suis dans un autre hôpital. J’avais été hospitalisée tout le week-end. Mon col avait fini par s’ouvrir. Ce jour-là, je dois pousser pour mettre au monde mon dernier petit garçon. Je ne lui avais pas donné de prénom.

On peut passer par une péridurale, pousser, accoucher, et pourtant ne pas entendre de bébé pleurer.

Ce silence-là est difficile à expliquer à quelqu’un qui ne l’a jamais vécu.

Après cette dernière grossesse, l’équipe de PMA me demande de m’arrêter quelque temps. De prendre du temps pour moi, de prendre soin de mon corps et de laisser mon esprit respirer. Pendant toutes ces années, j’avais appris à être forte. Peut-être même trop. J’avais souvent l’impression qu’après chaque perte, il fallait rapidement se relever pour recommencer. Avec le recul, je pense que j’aurais eu besoin d’un accompagnement psychologique plus important pendant ce parcours.

J’ai finalement commencé un suivi plus tard. Il m’a beaucoup aidée, même si je ne l’ai pas poursuivi jusqu’au bout. Pendant longtemps, j’ai cru qu’être forte signifiait ne pas s’effondrer. Aujourd’hui, je crois plutôt qu’être forte, c’est aussi accepter de pleurer, reconnaître ce qui nous a blessées, puis se relever lorsque l’on en est capable. Et oui, aujourd’hui encore, il m’arrive de pleurer. Certains souvenirs reviennent. Mais je ne considère plus cela comme un retour en arrière.

Avancer n’est pas oublier.

Ma vie personnelle a elle aussi connu une rupture profonde. Le couple dans lequel j’avais traversé toutes ces années de PMA n’a pas survécu. J’ai connu une trahison qui est venue ajouter une autre blessure à celles que je portais déjà.

J’ai choisi de ne pas raconter cette partie dans tous ses détails. Parce qu’elle appartient à mon histoire, mais qu’elle ne mérite pas d’en devenir le centre. J’ai fini par partir, changer d’environnement et reconstruire ma vie.

Aujourd’hui, je continue également à prendre soin de ma santé. À mon SOPK se sont ajoutés avec le temps une adénomyose, des problèmes d’anémie et de réserves en fer, puis plus récemment une légère résistance à l’insuline.

Et puis, récemment, un examen m’a apporté une information inattendue : alors que mes deux trompes avaient autrefois été diagnostiquées bouchées, l’une d’entre elles est aujourd’hui perméable.

Je ne sais pas encore ce que la vie fera de cette information. Et pour une fois, je n’ai pas besoin de connaître la réponse tout de suite.

Aujourd’hui, j’ai 34 ans. J’en aurai 35 dans quelques mois. Quand je regarde la jeune femme d’à peine vingt ans qui s’est mariée en pensant savoir à quoi ressemblerait sa vie, j’ai parfois l’impression de regarder quelqu’un d’autre.

La vie ne s’est pas déroulée comme je l’avais prévue.

Mais elle continue.

Je suis debout.

Je reconstruis ma santé, mes projets, ma vie.

Je n’oublie pas Camille.

Je n’oublie pas Amael.

Je n’oublie pas Aylan.

Je n’oublie pas mes autres grossesses, ni ces bébés auxquels je n’ai parfois même pas eu le temps ou la force de donner un prénom.

Mais je refuse que toute mon existence soit résumée à ce que j’ai perdu.

Certaines parleront.

Certaines écriront.

Certaines pleureront.

Certaines auront besoin de silence.

Et aucune de ces femmes n’aime moins ses enfants parce qu’elle choisit une autre façon de porter leur souvenir.

Aujourd’hui encore, malgré tout ce que cette histoire m’a pris, je peux dire merci à Dieu.

Parce que je suis là.

Parce que je me reconstruis.

Parce que je peux encore aimer.

Parce que je peux encore espérer.

Et surtout parce que j’ai enfin compris une chose : mon histoire n’est pas terminée.
Anonyme, maman de petits Anges
témoignage
Publié le 20 février 2025
J’ai perdu Samir à 7 mois de grossesse. Pendant longtemps, je n’ai pas osé en parler. C’est en participant à un cercle de paroles de Mam’Anges Connect que j’ai trouvé la force de dire son prénom, de reconnaître son existence. Aujourd’hui, même si la douleur est toujours là, je suis apaisée de savoir que d’autres comprennent ce que je ressens.
Aïcha, maman de Samir

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