
On ne revient pas de la perte d’un bébé comme on y était avant. On apprend, peu à peu, à vivre autrement.
Il y a des deuils dont on parle facilement. Et puis il y a ceux qui plongent dans le silence.
Le deuil périnatal fait partie de ces expériences douloureuses que l’on peine parfois à nommer. Perdre un bébé pendant la grossesse, à la naissance ou dans les premiers jours ou mois de sa vie, c’est perdre un enfant, mais c’est aussi perdre des projets, des habitudes imaginées, des rêves, une identité de parent qui était en train de se construire.
Et après ?
Après le choc, après les larmes, après les obsèques ou le retour à la maison avec une chambre vide… que devient-on ?
La vérité est qu’il n’existe pas une seule manière de vivre un deuil périnatal. Il n’existe pas non plus de calendrier universel pour « aller mieux ».
Un bébé peut avoir existé pleinement, même si sa vie a été courte
L’une des grandes difficultés du deuil périnatal réside parfois dans le regard des autres.
Parce que le bébé n’a vécu que quelques jours, quelques heures ou parfois quelques mois dans le ventre de sa mère, certaines personnes peuvent avoir du mal à comprendre l’ampleur de la douleur.
Pourtant, pour les parents, ce bébé avait déjà une place.
- Il avait peut-être un prénom.
- Une chambre était peut-être en préparation.
- Des vêtements avaient peut-être été achetés.
- Des échographies avaient été conservées.
- Des projets avaient été imaginés.
Une relation avait commencé à se créer.
La durée d’une vie ne détermine pas la valeur de l’amour que l’on a porté à cet enfant.
C’est pourquoi il est important de reconnaître pleinement ce deuil et de permettre aux parents de parler de leur bébé, de prononcer son prénom s’ils le souhaitent et de conserver les souvenirs qui comptent pour eux.
Après la perte, le corps et le cœur ne racontent pas toujours la même histoire
Le deuil périnatal ne touche pas uniquement les émotions.
Pour la mère, il peut également être vécu physiquement.
Après une grossesse interrompue ou un accouchement, le corps peut continuer à subir des changements hormonaux et physiques alors même que le bébé n’est plus là.
- Le lait peut monter.
- Le ventre peut rester arrondi pendant quelque temps.
- Les douleurs physiques peuvent rappeler ce qui vient de se passer.
- Et parfois, le corps continue à donner des signes de grossesse alors que la réalité a brutalement changé.
Cette contradiction peut être particulièrement difficile à vivre :
le corps continue, alors que le cœur, lui, voudrait parfois que le temps s’arrête.
C’est pourquoi un accompagnement médical et psychologique peut être important après une perte périnatale.
« Il faut être forte » : mais forte pour quoi ?
Après un décès, l’entourage veut souvent aider.
Mais dans l’intention de consoler, certaines phrases peuvent involontairement blesser :
« Tu es jeune, tu en auras un autre. » ; « Au moins, tu as déjà des enfants. » ; « Il faut tourner la page. » ; « C’était peut-être mieux ainsi. » ; « Il faut être forte. »
Pourtant, avoir un autre enfant ne remplace pas celui qui est mort.
Et être forte ne signifie pas ne pas pleurer.

La force peut aussi être de reconnaître que l’on souffre et d’accepter d’être accompagnée.
Le deuil n’est pas une épreuve que l’on réussit. Il n’y a pas de note à obtenir, ni de délai à respecter.
Alors, que devient-on après ?
On devient parfois quelqu’un que l’on ne reconnaît plus tout à fait.
Certaines Mam’anges ressentent de la colère. D’autres de la culpabilité. Certaines ressentent un profond vide. D’autres peuvent avoir l’impression de ne plus rien ressentir du tout.
Il peut y avoir des jours où l’on pense aller mieux, puis une date, une chanson, une odeur, une grossesse annoncée ou une simple conversation suffit à faire revenir la douleur.
Ce n’est pas forcément un retour en arrière.
Le deuil n’est pas une ligne droite.
Il peut y avoir des périodes d’apaisement suivies de moments de grande tristesse. On peut rire un jour et pleurer le lendemain. On peut recommencer à faire des projets tout en continuant à penser à son bébé.
Et tout cela peut coexister.
Apprendre à vivre avec l’absence
On entend souvent qu’il faut « faire son deuil ».
Cette expression peut donner l’impression qu’il faudrait finir par oublier.
Mais certaines personnes ne cherchent pas à oublier leur enfant.
Elles cherchent plutôt à trouver une manière de continuer à vivre avec son absence.
Avec le temps, la douleur peut changer de forme.
Elle peut devenir moins constante, moins envahissante. Les souvenirs peuvent progressivement prendre une place différente. Le quotidien peut reprendre. On peut recommencer à rire, à travailler, à aimer, à faire des projets.
Et cela ne signifie pas que l’on aime moins son bébé.
Continuer à vivre n’est pas abandonner son enfant.
On peut avancer sans tourner le dos à ce qui s’est passé.
Et lorsqu’une nouvelle grossesse arrive ?
Pour certaines Mam’anges, une nouvelle grossesse peut être porteuse d’espoir.
Pour d’autres, elle peut être traversée par une peur immense.
La joie peut être accompagnée d’angoisse. Chaque rendez-vous médical peut devenir une source de stress. Chaque douleur, chaque absence de mouvement ou chaque résultat peut réveiller le souvenir de la perte précédente.
On peut aimer ce nouveau bébé tout en ayant peur de le perdre.
On peut être heureuse et terrifiée en même temps.
Il n’y a aucune contradiction à cela.
Une nouvelle grossesse n’efface pas la précédente.
Elle constitue une nouvelle histoire, avec ses propres émotions, ses propres inquiétudes et son propre rythme.

Pour aller plus loin
La grossesse qui suit un deuil périnatal mérite un accompagnement particulier. Elle peut faire naître de l’espoir, mais aussi de nombreuses peurs et de nombreuses questions.
- Comment vivre les rendez-vous médicaux après une perte ?
- Comment parler de son bébé disparu pendant une nouvelle grossesse ?
- Comment gérer l’attente, les doutes et les souvenirs douloureux ?
- Comment trouver sa place lorsque l’on devient à nouveau parent tout en continuant à porter le deuil d’un enfant ?
Ces questions feront l’objet d’un prochain article consacré à la grossesse après un deuil périnatal.
Parce qu’une nouvelle grossesse ne se vit jamais comme si rien ne s’était passé, il est essentiel de pouvoir être écoutée, entourée et accompagnée avec douceur.
Chaque histoire est différente. Chaque émotion a sa place. Et chaque Mam’ange avance à son propre rythme.
Dans le prochain article, nous parlerons de la grossesse après un deuil périnatal : entre espoir, culpabilité, peur et amour.
